La conférence de presse d’Antonio Hodgers sur le départ trahit la fébrilité d’une course contre la montre. Le futur ancien conseiller d’État, sourd aux augures de la catastrophe urbaine à venir qu’il n’a cessé de fustiger, a décidé de nous présenter les images devant parachever le PAV, une trentaine de tours et deux gratte-ciels, la clef de voûte de son œuvre de grand bâtisseur que l’on reconnaîtra comme telle dans les années 2050. Les génies, c’est bien connu, sont célébrés longtemps après leurs réalisations.
Réfutons ci-après les arguments davantage fomentés par un branding digne de la promotion immobilière qu’issus d’une pensée d’urbanisme et d’aménageur aguerri.
Les grandes métropoles ne sauraient se passer de tours qui représentent l’art de vivre métropolitain ! Si l’on regarde la constitution-même des espaces métropolitains de la planète, cette analyse est fausse. Bien des métropoles ont acquis leur statut moins par la verticalité d’un capitalisme tertiaire puissant et compétitif que par la gestion permanente de leur richesse bien investie. Les villes suisses comme Zurich, Bâle et Genève ne se comparent pas à l’expression du capitalisme débridé de New York ou des émirats, mais relèvent d’un processus de construction horizontale permettant de faire véritablement coïncider l’espace de légitimité politique avec l’espace fonctionnel économique. Les aménageurs suisses ont bien compris que la force du capitalisme résidait dans le lieu éprouvé en commun par la population, les entrepreneurs et les décideurs. La verticalité n’avait aucune raison d’être.
De ce point de vue, la construction de la nouvelle silhouette de Genève ne saurait s’interpréter comme une modernité, mais bien plus comme une régression urbanistique. Non seulement le paysage historique et culturel de la rade sera détruit, celui-là même qui crée la valeur touristique d’une Genève de Calvin à James Fazy, mais, de plus, la « métropole » de Genève rejoindra le concert de toutes les métropoles qui, à marche forcée de tours, ont détruit leur site et leur paysage. On peut ici citer bien sûr Londres et sa City ! Qui peut nous faire croire que les tours résolvent réellement la question de la gestion du territoire et la question du changement climatique ? La constitution d’axes ombragés sans soleil, la bétonisation par dalles, la réverbération du soleil qui crée les îlots de chaleur, les risques sanitaires tels qu’encourus lors du COVID sur des populations denses, l’absence de relations humaines, de mixité sociale et fonctionnelle dans la verticalité, la consommation énergétique en chauffage et réfrigération, voire même les enjeux de sécurité, vont maximaliser les coûts en matière de gestion publique, d’entretien et de sécurité préventive.
Quant à l’argument selon lequel les rooftops ouverts au public pour y boire un verre au sommet des tours rendront ces gratte-ciel démocratiques … Quelle tartufferie ! Les visiteurs y monteront pour admirer le panorama du plus grand saccage contemporain d’une ville historique, que l’on citera comme contre-exemple dans les manuels du parfait urbaniste du XXIe siècle !
Rémi Baudouï, candidat à l’élection partielle au Conseil d’État